François Fillon – Scénario critique 2017-04-20T22:07:21+00:00

FRANÇOIS FILLON, PRÉSIDENT

Scénario idéal
Scénario critique

Les revers de la médaille méritocratique

Dossier de presse
Publié le vendredi 2 avril 2027

Extrait de L’Hobbes
La Rédaction

À l’aube de la prochaine élection présidentielle de 2027 – alors que certains parlent déjà de voter utile pour faire barrage à la fulgurante ascension de Marion Maréchal-Le Pen – la rédaction a souhaité faire un bilan sur 9 ans de mutations économiques et sociales en France sous le double mandat du Président Fillon.

Comme chacun s’en souvient, les différentes mesures de relance, destinées à lutter contre le chômage et à revaloriser le travail furent mises en place dès le début du premier quinquennat du président. La réforme du temps de travail, la refonte du Code du travail et les évolutions de l’Education Nationale, ont effectivement conduit à une reprise de croissance significative du pays. Cependant, si les Français ont progressivement été convaincu par cette vision méritoire du travail, ces évolutions portent aujourd’hui des fruits au goût parfois amer. Les pactes « gagnant-gagnant » n’ont-ils généré aucun perdant ?

Nous avons enquêté sur les laissés-pour-compte et victimes de cette reprise économique inespérée, en collectant un ensemble d’articles qui révèlent les dessous d’une apparente réussite économique et sociale. Trois aspects corollaires au travail, cristallisant en grande partie la situation actuelle, sont explorés : l’éducation, et notamment celle des jeunes enfants, les structures syndicales, particulièrement mises à mal par la loi Baroin sur le Code du travail de 2018, et enfin les professions et emplois subissant les dommages collatéraux de ces changements.

Les enfances sacrifiées sur l’autel de la réussite scolaire

Enquête
Publié le vendredi 15 décembre 2026

Extrait de Marjanne
La Rédaction

6h – 00h. Voici la journée type de nos chères petites tête blondes. À l’instar des pays asiatiques, l’éducation française est devenue des plus exigeantes, cherchant à former l’élite et la fierté de la Nation. La France rattrape la Corée – champions mondiaux du temps de travail scolaire(1)http://lactualite.com/monde/2013/12/02/coree-du-sud-lenfer-cest-lecole/ . Les jeunes parents accoutumés au “travailler plus pour gagner plus” en auraient-il transmis les valeurs à leurs bambins ?

« Big Teacher »

Emma, 12 ans, est amenée dès 7h à la permanence de son collège. Les surveillants, aux profils variés et tous munis d’un certificat d’enseignement, aident ces élèves matinaux à avancer leurs devoirs. Emma est aidée par Damien, ancien développeur freelance et nouvellement recruté au sein du collège Apollinaire d’Armentières, pour la réalisation d’une page web responsive dans le cadre de son cours de javascript.

À partir de 8h30, Emma enchaîne sur sa journée de collégienne qui se terminera à 18h. Une journée longue et dense avec au programme français et histoire le matin, mathématiques, anglais et langage web(2)Extrapolation de la Proposition : « Abroger la réforme du collège et revoir les programmes … ouverture au monde (langues, éducation civique, numérique, enseignements artistiques, découverte professionnelle). » Mesure 4 : https://www.fillon2017.fr/projet/education/ l’après-midi. En plus de ces horaires à rallonge, les élèves se voient soumis à une surveillance permanente : les professeurs ont un accès libre aux Livrets Scolaires Uniques Numérisés(3)http://www.rue89strasbourg.com/dans-les-ecoles-le-livret-scolaire-unique-numerise-a-marche-forcee-114697 de leurs élèves et peuvent y ajouter des commentaires sur leurs comportements en classe. Présenté comme un moyen sécurisé et fiable pour suivre la scolarité des élèves français, il est devenu un outil de pression imparable sur ceux-ci. Un quelconque comportement jugé inadmissible par un professeur peut être directement ajouté au livret, entachant à vie le dossier de l’étudiant, susceptible de se voir refuser par la suite l’accès à des filières d’excellence et autres formations prestigieuses.

Screenshot de la plateforme pour le Livret Scolaire Unique Numérisé

Le Freemium scolaire

La journée d’Emma ne se termine pas à 18h. Elle va ensuite suivre des cours du soir proposés par Etudomia, une entreprise française de cours à domicile. L’obsession de la réussite scolaire a encouragé le développement d’un marché éducatif privé, en parallèle du parcours scolaire obligatoire. Etudomia en est la preuve. Créée en 2018, cette structure compte aujourd’hui plus de 50 000 enseignants qui dispensent 6000 heures de cours tous les soirs. Jusqu’à 21h, Emma va approfondir ses connaissances en suivant des cours sur les programmes de l’année de cinquième, voir quatrième sur les matières où elle est la plus douée. Cet apprentissage forcené ne répond à aucune motivation personnelle d’Emma, celle-ci n’ayant aucune idée de ce qu’elle souhaiterait faire plus tard, mais à la volonté de ses parents qu’elle intègre une grande école ou une filière d’excellence afin d’être sûre d’obtenir un emploi une fois adulte(4) Pratique déjà courante dans les études de médecine : http://etudiant.lefigaro.fr/les-news/actu/detail/article/medecine-une-filiere-trustee-par-les-prepas-privees-652/.

Dans une telle machine éducative, Emma peut se considérer comme chanceuse, car tous les parents ne peuvent pas se permettre que leurs enfants assistent à ces cours du soir. Pour un foyer, ceux-ci reviennent à un coût annuel moyen de 5000€ par enfant. Même si en apparence le système éducatif français donne les mêmes chances à tous avec un enseignement commun de qualité, il devient de plus en plus évident que l’on assiste aujourd’hui à l’exacerbation de disparités déjà existantes : les enfants des classes moyennes et aisées ont plus de facilités(5) Voir la notion de reproduction sociale (« décrit une pratique sociale relative à la famille, consistant à maintenir une position sociale d’une génération à l’autre par la transmission d’un patrimoine, qu’il soit matériel ou immatériel » – source Wikipédia), en particulier étudiée par Karl Marx et après Pierre Bourdieu.. D’un modèle égalitaire, nous sommes passés à un modèle freemium, faisant subtilement coexister secteur public et privé(6) Le programme de François Fillon insiste à plusieurs reprises sur la nécessité de faciliter les rapports entre le public et le privé, aussi bien pour la mobilité entre le public et le privé que pour le financement de la santé ou de la recherche. Voir la mesure 5 propre à la Fonction Publique, ou encore la mesure 6 propre à l’Entreprise et l’Entreprenariat , au détriment des plus économiquement fragiles et des plus marginalisés .

Exemple d’affiche publicitaire pour des cours du soir peuplant le métro parisien

Le burn-out dès le plus jeune âge ?

Pour autant, Emma n’est pas un cas isolé dans cette course aux heures d’étude. Celle-ci a des conséquences graves sur la santé des moins de 18 ans, comme le démontre la dernière étude publiée par l’Unicef France(7)http://madame.lefigaro.fr/enfants/burn-out-enfants-craquage-surmenage-ecole-040416-113692. Les horaires scolaires s’ajoutent souvent à des activités périscolaires, que ce soit des cours du soir ou bien des activités sportives ou créatives. Cette overdose d’occupations ne laisse plus aucun temps libre aux enfants : il ne leur reste aucun espace pour décompresser et s’amuser. S’ensuivent des comportements apathiques et des mines abattues chez les enfants soumis à de tels rythmes.

Un enfant sur trois est suivi par un psychologue, ou un psychiatre dans les cas les plus sérieux. Emma, diagnostiquée comme dépressive latente, se rend tous les samedis chez le Dr Lee, une psychologue américaine spécialisée dans la psychologie enfantine et familiale. Le Dr Lee aide Emma à se “réapproprier du temps”, en cherchant à trouver des astuces pour ralentir sa vie et se créer des “bulles temporelles de décompression”. Le Dr Lee considère qu’il est des plus importants d’inclure les parents dans un tel procédé, car, selon elle, le surmenage des enfants est très fortement corrélé au mode de vie des parents et au stress qu’eux-mêmes subissent dans leurs vies professionnelles. Ainsi, une fois par mois ses parents se joignent à la séance de psychothérapie de leur fille. La méthode douce de discussion familiale n’est pas nécessairement celle adoptée par la plupart des familles. En effet, la majorité se tourne vers des méthodes médicamenteuses, visant à soigner l’enfant au moyen de psychostimulants et autres psychotropes médicamenteux (8)http://www.courrierinternational.com/article/2003/04/17/enfants-sous-psychotropes .

Ce tour d’horizon de l’enfance française dresse un tableau bien sombre de celle-ci. Au bord du burn-out et déjà dépendantes de suivis psychologiques et médicaux, les jeunes générations voient leurs enfances et jeunesses sacrifiées au nom du travail et de la réussite. Est-ce réellement ce que nous souhaitons, en tant que société, pour nos enfants et les générations futures ? Il serait peut-être temps pour le gouvernement de repenser sa politique éducative, au risque de voir une masse de travailleurs rompue et brisée avant même d’avoir commencé leurs vies actives.

La discrète révolution syndicale

Édition spéciale
Publié le vendredi 25 janvier 2027

Extrait de MediaBits
Par Claude Van Damn

Notre rédaction est allée à la rencontre de Jeff (nom d’emprunt), pour qu’il nous parle de ses conditions de travail au sein de  la grande entreprise française Tottle, dirigée d’une main de fer par son PDG Benoi Ardi-Lomard. Jeff est membre de la Confédération Française des Travailleurs Discrets (CFTD), nouveau syndicat ayant fait une progression fulgurante depuis l’élection de François Fillon à la présidence de la République. Il nous a présenté comment le monde salarial s’est transformé, pour faire face aux divers remaniements du Code du travail survenus depuis le « blitzkrieg » qui donna lieu notamment à la  « suppression du monopole syndical » et à la réduction globale des droits des salariés au profit d’une plus grande « négociation collective » pilotée par les chefs d’entreprise.

La « dé-productivité », nouvelle arme syndicale

Fondée initialement par des employés du secteur de la sécurité informatique, la CFTD a rapidement pris de l’ampleur dans de nombreuses entreprises et domaines professionnels, du fait de sa forme d’offre syndicale originale et contemporaine. Son action se concentre sur la formation des syndiqués aux Technologies de Communication Confidentielle (TCC) et aux autres méthodes d’organisation horizontale, inspirées des mouvements sociaux et citoyens des années 2010. « On n’avait plus aucune efficacité avec les grèves et les blocages, nous confie Jeff, le CFTD nous offre néanmoins de réels moyens de faire entendre nos revendications à l’heure du numérique et de l’évaluation quantitative du boulot des travailleurs ».

Dans l’entreprise de Jeff, les employés syndiqués au CFTD s’organisent pour protester. En effet, les employés ont vu leur temps de travail passer à 45 heures hebdomadaires, à la suite d’un référendum qui leur laissait le choix d’accepter cette augmentation ou de subir un licenciement de 45% des effectifs, faute d’un manque de compétitivité de l’entreprise ne lui permettant pas de faire assez de chiffre d’affaire et donc de pérenniser les emplois. Depuis, les syndiqués généralisent l’utilisation de l’application de chat anonyme Telegram, pour coordonner entre eux la tenue de 2 heures de « dé-productivité » par jour en signe de contestation. Durant cette période, qui s’assimile aux anciennes formes de la désobéissance civile, les « Discrets » cessent de répondre aux mails ou de participer aux réunions, faisant acte de protestation implicite et imprimant subtilement une baisse dans les indicateurs de productivité globale, qui sera ensuite revendiquée et expliquée anonymement via des communiqués postés sur les réseaux sociaux et divers blogs d’information indépendants.

Screenshot de l’application Telegram, l’une des TCC recommandées par le CFTD

Temps libre et vie privée : les chevaux de bataille de la CFTD

L’action du CFTD propose également de revoir radicalement la conception du droit au temps de loisirs : elle propose une série d’actions afin de permettre aux employés de décompresser et se divertir sur leur lieu et temps de travail. En 2024, Totol avait mis en place un système de monitorage des activités de ses salariés via leurs postes de travail, comme nous l’avions révélé dans notre édition spéciale “Management et surveillance, une frontière floue” (Octobre 2024). Nature des sites visités, décompte du nombre de caractères écrits par heure, décompte de mails envoyés, suivi de mouvements oculaires par webcam… un monitoring puissant et invasif, à la limite de la légalité, s’était progressivement mis en place. Aujourd’hui toujours non réprimé pour ses pratiques, Totol va plus loin avec un nouvel outil qui n’est pas sans soulever des questions éthiques d’envergure : une plateforme de délation. Elle permet aux employés de poster des photographies de membres de l’entreprise en train d’utiliser des réseaux sociaux ou de regarder des vidéos sur leur téléphone et autres appareils personnels durant leur temps de travail, en échange d’une prime pour « aide à la compétitivité ». Une nouvelle initiative, surnommée le “idle-shaming”, jugée inacceptable par toutes les organisations syndicales.

En parallèle du combat légal qu’elle mène pour atteinte à la vie privée des employés, Jeff nous explique comment le CFTD réplique en mettant à profit ses connaissances dans les TCC*. Dans un premier temps, elle proposait à ses membres  une suite d’applications de brouillage des télécommunications et d’accès à des sites de divertissement (facebuk, mytube, …) via la technologie VPN, indétectable pour la Direction des Systèmes d’Information de l’entreprise. Elle se tourne à présent vers un dispositif plus performant :  un cache-écran intelligent capable de tromper la vigilance des mouchards en donnant à voir des interfaces différentes de celles réellement affichés à l’écran. Ainsi un employé peut naviguer sur les réseaux sociaux tout en renvoyant l’illusion numérique d’un travail “sérieux”, comme la rédaction d’une page word ou la conception d’un document pdf.

Screenshot d’une plateforme permettant d’installer entre autre le plug-in Filtre-de-Confidentialité

En parallèle des services proposés par la CFTD sur le lieu de travail, Jeff a également trouvé une forme de soulagement dans un grand nombre de services qui sont proposés aux adhérents, pour les aider à s’organiser dans leur vie de tous les jours, en dépit de ce temps de travail excessif. Il a ainsi réussi à trouver une nounou via le service de mise en relation collaborative organisé entre les employés, et mange chaque soir un repas de qualité grâce à un système de cuisiniers tournants parmi les employés.

Dommages collatéraux : les forçats oubliés de la France laborieuse

Article
Publié le vendredi 13 mars 2027

Extrait de Le Besogneux
La Rédaction

Si vous vivez en France depuis une décennie, les transformations socio-économiques qui s’y sont opérées n’ont pu vous échapper. Celles-ci proviennent tout droit de la volonté politique de sacraliser la valeur du travail et de créer ainsi une France méritocratique. Les mesures prises par le gouvernement ont surtout touché le secteur privé, en libéralisant l’économie et en leur accordant plus de flexibilité et de liberté. Pour autant, beaucoup de petits acteurs essentiels et nécessaires à l’économie et au bon fonctionnement du pays sont tout aussi concernés par ces mesures, même si ne faisant qu’en subir les effets secondaires. Tour d’horizon des conséquences inattendues ou passées sous silence des réformes structurelles menées par le gouvernement sur ses deux quinquennats.

24h/24h

Le squelette d’une ville repose sur une multitude de petits acteurs ; fourmis invisibles et ignorées par la plupart tellement elles paraissent naturelles dans le paysage urbain. Les commerces de proximité font partie intégrante de cette colonne vertébrale. Épiceries, restaurants, coiffeurs, cordonniers, bars… Tous répondent aux besoins des habitants de la ville. Face aux horaires allongés de la France travailleuse, ces commerces sont nombreux à changer intégralement leurs horaires de travail pour adopter des horaires qui s’adaptent aux rythmes de vie de leur clients. Désormais, il n’est pas rare de voir des restaurants, des pharmacies ou des épiceries ouvertes à 2h du matin dans les rues de Paris.

Joachim, propriétaire d’une petite épicerie dans le 18ème arrondissement nous apporte un témoignage de sa situation, partagée par beaucoup d’autres commerçants : “J’ai pris la décision il y a 8 mois de repousser mon heure de fermeture. Les gens passent dans mon magasin après leur travail. Depuis qu’ils sortent plus tard, ils passent forcément plus tard, ils n’ont pas vraiment le choix à vrai dire… Les grandes chaînes ont pu s’adapter rapidement et ont rapidement repoussé leurs horaires de fermeture à 23 heures, ça devenait quasi-impossible de les concurrencer. Avant, la plupart de mes clients venaient vers 22-23 heures, quand le carrefour market d’à côté était fermé, mais suite à leur changement d’horaire, je n’ai pas eu trop le choix d’ouvrir jusqu’à 2 heures du matin pour rester à flot. En fermant à cette heure tardive, ça me permet de dépanner les clients qui sortent très tard du boulot ou ont des envies ou des besoins nocturnes bien précis, type plats préparés ou produits d’hygiène. Mais bon, pour l’instant j’ai beau faire des heures supplémentaires ça ne gonfle pas vraiment mon chiffre d’affaire, parce que les clients ne sont pas plus nombreux, ils s’étalent juste dans le temps, sur une plage horaire plus grande.

Uber public

Suite à de violentes manifestations lors du premier quinquennat du président Fillon, la fonction publique a été matée. Maintenant soumise, nous en entendons rarement parler. Quelques relents contestataires surgissent encore de temps à autre, mais sont noyés dans la propagande libéraliste de la réussite économique de la Grande France. Les profondes mutations qu’a connu le secteur public, et surtout ses conséquences, ont été savamment passé sous silence. Pourtant celles-ci ont marqué et marquent encore la vie de milliers de fonctionnaires, plus ou moins proches de leur fin de carrière.

Pour témoigner de ces faits, nous avons rencontré Matthieu. Cheveux grisonnants et approchant la soixantaine et demi, il a intégré la fonction publique à ses 25 ans, après un doctorat en sociologie, et a fait l’intégralité de sa carrière au sein de l’administration française, dans la respectable mais “défunte” DRJSCS. Il nous raconte : “ Devenu docteur mon avenir aurait dû être dans un labo de recherche ou en tant que professeur d’université. Dans le domaine de la sociologie, les places sont particulièrement rares. Intégrer la fonction publique était quelque chose que je n’avais pas envisagé et m’a offert une opportunité de carrière unique pour une personne avec mon background. Lors des élections de 2017, j’étais résolument contre Fillon : il était évident qu’il ne comprenait pas le fonctionnement des administrations publiques et que des mesures allaient être un désastre pour les fonctionnaires. Ça n’a pas loupé, et j’ai fait partie de ceux “mis-au-placard”, pour plusieurs raisons. J’avais fait partie des organisateurs des manifestations anti remaniement de la fonction publique. Pour sûr j’ai été blacklisté, et une fois que le tout a été réformé, la DRJSCS fermée, j’ai dû me contenter des miettes, et ma spécialité en socio n’a pas aidé. Vivant sur Paris, cela n’a pas été très difficile de me muter quelque part, et j’ai fini au Ministère de l’Intérieur. Par contre je n’étais pas préparé à ce qui m’attendait. Je pensais qu’au pire on me refilerait un emploi minable, dans un bureau isolé. À la place, je suis devenu la petite main de tous les organismes publics dépendants de mon ministère de rattachement. Au premier jour on m’a donné un téléphone de fonction avec une app interne installée dessus, le truc le plus abject que j’aie pu voir dans ma carrière. Ne pouvant mettre à la porte des fonctionnaires de longues dates, le gouvernement avait prévu qu’un nombre important d’entre eux allaient se retrouver sans fonctions propres, parce qu’il n’existait plus de postes correspondant à leurs compétences et tous ne pouvaient être recyclés au travers de formations. Face à cette situation, ils ont imaginé une sorte de Mechanical Turk(9) « Amazon Mechanical Turk est une agence d’intérim à échelle mondiale, […] dématérialisée, où n’importe qui peut rémunérer d’une piécette un cyber-exploité (« turker » dans le jargon) qui télétravaille à la tâche […]. Par exemple, […] traduire une fiche produit de l’anglais à l’arabe ou identifier les personnalités sur cinq photos.  » http://www.humanite.fr/tacherons-damazon-pour-une-pincee-de-dollars à la sauce administrative, pour épauler ceux qui avaient de vrais emplois. Ces derniers postent des tâches qu’ils ont besoin de voir accomplies rapidement, et les “public-turks” choisissent celles qui les intéressent le plus. Maintenant, j’enchaîne les petites tâches : corriger des rapports, mettre en page des documents… mon travail est entièrement évalué sur le nombre de tâches que j’accomplis par jour, sans prendre en compte la complexité de la tâche et le temps nécessaire pour la faire… Mes amis me demande souvent pourquoi je ne démissionne pas. En fait je ne peux pas, si je le fais je n’aurais plus aucun revenu jusqu’à l’âge de ma retraite, c’est à dire 65 ans dans le meilleur des cas(10)Extrapolation de la Proposition : « Faire passer progressivement l’âge légal à 65 ans. Le dispositif de départ pour carrières longues sera également progressivement étendu pour permettre aux personnes ayant commencé à travailler jeunes de prendre leur retraite dès 63ans. L’âge maximal du taux plein sera maintenu à 67 ans. » https://www.fillon2017.fr/projet/retraites/…”

Screenshot de l’application Taskor, le « mechanical turk » de la fonction publique
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Références   [ + ]

1. http://lactualite.com/monde/2013/12/02/coree-du-sud-lenfer-cest-lecole/
2. Extrapolation de la Proposition : « Abroger la réforme du collège et revoir les programmes … ouverture au monde (langues, éducation civique, numérique, enseignements artistiques, découverte professionnelle). » Mesure 4 : https://www.fillon2017.fr/projet/education/
3. http://www.rue89strasbourg.com/dans-les-ecoles-le-livret-scolaire-unique-numerise-a-marche-forcee-114697
4. Pratique déjà courante dans les études de médecine : http://etudiant.lefigaro.fr/les-news/actu/detail/article/medecine-une-filiere-trustee-par-les-prepas-privees-652/
5. Voir la notion de reproduction sociale (« décrit une pratique sociale relative à la famille, consistant à maintenir une position sociale d’une génération à l’autre par la transmission d’un patrimoine, qu’il soit matériel ou immatériel » – source Wikipédia), en particulier étudiée par Karl Marx et après Pierre Bourdieu.
6. Le programme de François Fillon insiste à plusieurs reprises sur la nécessité de faciliter les rapports entre le public et le privé, aussi bien pour la mobilité entre le public et le privé que pour le financement de la santé ou de la recherche. Voir la mesure 5 propre à la Fonction Publique, ou encore la mesure 6 propre à l’Entreprise et l’Entreprenariat
7. http://madame.lefigaro.fr/enfants/burn-out-enfants-craquage-surmenage-ecole-040416-113692
8. http://www.courrierinternational.com/article/2003/04/17/enfants-sous-psychotropes
9. « Amazon Mechanical Turk est une agence d’intérim à échelle mondiale, […] dématérialisée, où n’importe qui peut rémunérer d’une piécette un cyber-exploité (« turker » dans le jargon) qui télétravaille à la tâche […]. Par exemple, […] traduire une fiche produit de l’anglais à l’arabe ou identifier les personnalités sur cinq photos.  » http://www.humanite.fr/tacherons-damazon-pour-une-pincee-de-dollars
10. Extrapolation de la Proposition : « Faire passer progressivement l’âge légal à 65 ans. Le dispositif de départ pour carrières longues sera également progressivement étendu pour permettre aux personnes ayant commencé à travailler jeunes de prendre leur retraite dès 63ans. L’âge maximal du taux plein sera maintenu à 67 ans. » https://www.fillon2017.fr/projet/retraites/

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